Comment comprendre l’origine des diverses méthodes du Qigong actuel en s’éloignant de la classification moderne qui sépare le Qigong en familles de manière quelque peu arbitraire en familles distinctes : médicale, martiale, taoïste, bouddhiste, etc…

Le mot Qigong apparait pour la première fois sous la dynastie des Jin (265–420 Ap J.-C.) sous la plume du taoïste Xu Xun. Mais cet idéogramme ne sera presque plus utilisé avant 1955 ou il réapparait sur une brochure officielle du sanatorium de Tangshan.
Sa véritable popularité va ensuite éclore dans les années soixante-dix avec ce qu’il est convenu d’appeler la fièvre du Qigong en République Populaire de Chine dans les dernières décennies du vingtième siècle. Sous ce terme générique de Qigong, on va regrouper diverses activités physiques, énergétiques et méditatives connues depuis l’antiquité sous des noms divers mais trop marqués spirituellement pour satisfaire le régime de l’époque :
Dao Yin
Zou Wang
Xing Qi
Tu Na
Jin Zuo
Wei Gong
Nei Gong
Chan Ding
Yijing Jing
De tout temps, les taoïstes ont recherché la longévité, la santé et la pureté spirituelle par des méthodes de diététique, des cures de plantes et surtout par un travail direct sur l’énergie : relaxation, méditations et Qigong.
Le terme Qigong est en fait une expression moderne regroupant plusieurs méthodes anciennes chères aux taoïstes :
Réguler le souffle
Capter les énergies de la nature
Chasser les stagnations du Qi
Respirer en pleine conscience
Conduire le Qi dans les portes de Jade (les points d’acupuncture majeurs)
Développer le feu interne du métabolisme subtil
Ouvrir le circuit alchimique céleste du « petit ciel »
On peut considérer deux périodes importantes dans l’histoire du Qigong taoïste :
La première s’étend de l’Antiquité à la dynastie des Han (206 avant J.-C.). Elle reste assez mystérieuse faute de traces écrites. Les chercheurs s’accordent à penser que pendant cette période, le taoïsme était une spiritualité pure reflétée par les ouvrages de Lao Zi et de Zhuang Zi. L’exercice du Qi est cité implicitement par Lao Zi : « Concentrer le Qi et parfaire la douceur » et par Zhuang Zi : « Les anciens respiraient jusqu’aux talons. » Le livre des « Annales historiques » décrit des méthodes de respiration. Le trait commun de cette époque est que l’exercice du souffle semble lié à la voie naturelle des taoïstes. Parmi les médecins taoïstes de cette époque nombreux furent ceux qui prônent et pratiquent les exercices énergétiques, citons :
Bian Que (Royaumes Combattants)
Hua To qui révéla le jeux des cinq animaux (Dynastie des Han)
Zhang Zhong Jing auteur du traité des maladies du froid (Dynastie des Han)
Et plus tardivement :
Sun Si Miao auteur du traité des mille sapèques d’or (Dynastie Tang)
Wang Tao (Dynastie Tang)
Li Dong Han, auteur de la théorie de la rate et de l’estomac (dynastie Jin et Yuan)
Yang Zi Zhou auteur du Da Zhen, compilation de formules d’acupuncture utilisé encore de nos jours (dynastie Jin et Yuan)
Et le célèbre Li Shi Zhen (dynastie Ming)
Tous vantent la pratique des Qigong et sont considérés comme de grands pratiquants des arts énergétiques.
La seconde période s’étend de la dynastie des Han jusqu’à la chute de la dynastie des Qing (1911). C’est une histoire très riche, où se mêlent les sources taoïstes, bouddhistes, confucianistes et martiales. Des méthodes de Qigong sont expliquées dans certains classiques médicaux, les traités d’alchimie, les manuels d’hygiène naturelle tels que : le Nan Jing, Les prescriptions de la chambre d’or, les Notes pour nourrir le corps et prolonger la vie. Les taoïstes étudient des méthodes, souvent secrètement, pour prolonger la vie et gagner l’illumination spirituelle (Ge Hong, Lu Dong Bin, les monastères de Hua Shan, Wu Dang, Koun Loun, etc.). Les bouddhistes introduisent par Boddhidharma les méthodes de la « transformation des tendons », des « 18 mouvements des Arhats », ainsi que la très secrète « régénération de la moelle ». Les pratiquants d’arts martiaux, généralement des militaires à cette époque, furent crédités de nombreuses découvertes dans le domaine des Qigong ; un exemple en est le général Yu Fei, à qui l’on attribue la découverte des célèbres « huit exercices du brocart »
À partir des années 1980, un grand scientifique chinois, le docteur Chen Shue Sen, créa la surprise en Chine en demandant un protocole de recherche dans le domaine du Qigong qu’il considère comme un outil de grande valeur :
Le Qigong est la plus haute technologie humaine.
La recherche de la longévité en Chine ancienne trouve son origine dans l’aversion des taoïstes pour la maladie, représentant un déséquilibre profond entre les deux polarités universelles Yin et Yang, et de ce fait était inacceptable pour un être tendant vers la perfection. La maladie et la mort sont considérées comme un état Yin. Elles sont la manifestation des caractéristiques Yin telles que la passivité, la diminution du potentiel énergétique, I ‘humidité, le froid, I ‘obscurité. D’un point de vue plus positif la maladie était aussi considérée comme une étape souvent nécessaire à la croissance intérieure et à l’évolution, comme le souligne Sun Si Miao, et s’inscrit ainsi dans le processus subtile de l’alchimie interne À l’inverse la vitalité, état Yang, exprime des qualités positives : activité, expansion, chaleur et luminosité. D’une façon plus précise, le corps dans sa matérialité (cellules, chair, os, etc.) représentait le côté Yin de l’être humain, tandis que son énergie et ses capacités mentales en étaient la face Yang.
L’art de la « Longue Vie » consistait donc à maintenir ces deux forces fondamentales en contact étroit, le plus longtemps possible, afin de permettre à l’adepte de connaître la plénitude spirituelle dans cette vie. C’est pourquoi aucune autre civilisation n’a réuni autant d’informations sur le maintien de la longévité. D’après le Dr Joseph Needham, sinologue et scientifique renommé dans le monde anglo-saxon, cette recherche forcenée pour prolonger la vie est due à la croyance taoïste qu’à la mort les différentes consciences (les « âmes » Ling), I’énergie vitale (le Qi) et tous les constituants du corps humain se dispersent dans la nature.
Ainsi, dès l’Antiquité, les Chinois taoïstes développèrent un ensemble de méthodes et de pratiques permettant de « nourrir la vie » (Yangsheng) et d’éviter la maladie.
Les textes taoïstes précisent que la longévité humaine ne peut être atteinte par la seule purification du corps ; une évolution de la conscience est aussi nécessaire : le Ming — la destinée vitale humaine — doit être purifié par la transformation de l’essence séminale (le Jing) en énergie. Alors s’effectue l’union mystique et alchimique des taoïstes qui conduit à la « Longue Vie » du sage.

Gérard Edde

Traité de Qigong
Editions Dangles Collection références